La latitude d’exposition, qu’est ce que c’est ?

Latitude et sensibilité ISO

Aujourd’hui, je te parle de la latitude d’exposition en argentique : Une notion importante à comprendre avant même de commencer à exposer ta pellicule, et qui te sera utile pour faire face aux situations lumineuses difficiles des mois d’hiver (mais aussi d’été, alors lis bien).


Pour comprendre la latitude d’exposition, il faut revenir à la base de ce qui compose une pellicule photographique : L’halogénure d’argent qui compose l’émulsion.

Pour créer une image négative, il faut qu’une certaine quantité de lumière frappe la pellicule et « active » les halogénures. Pas assez, et l’image est sous-exposée (les halogénures n’ont pas assez de lumière pour réagir), trop, et l’image est surexposée (l’halogénure à trop réagit). Cette quantité de lumière nécessaire est plus ou moins importante selon la sensibilité du film, que l’on exprime dans la norme ISO. La sensibilité est calculée par les fabricants de film en laboratoire, qui indique sur le film la sensibilité nominale de la pellicule : Pour la Fuji Pro 400H que tu as reçue, 400 ISO.

Cette mesure fournit par le fabricant correspond à la sensibilité idéale pour la pellicule pour un rendu homogène des couleurs et des contrastes : Dans la pratique et sur le terrain, il est parfois nécessaire de volontairement sous ou sur exposer son film, pour des raisons techniques ou esthétiques.

Dans les fait, la plupart des pellicules négative possèdent une grande latitude d’exposition : Elle peuvent être sous ou sur exposé de plusieurs unité lumineuses, sans que cela pose problème pour la création d’une image négative. C’est vrai en noir et blanc, mais aussi et surtout en couleurs.
Les films couleurs possèdent en effet une latitude énorme. En clair, cela veut dire qu’ils sont capable de retenir tous les détails d’une scène très contrastée, de l’ombre la plus noire à la lumière la plus forte.

C’est très utile en sur-exposition : en exposant une film pour la zone la plus sombre du cadre, on est certain de garder aussi les détails dans la zone la plus claire, grace à la grande latitude du film. Un plus en photo en plein soleil, mais aussi en photo de nuit ou les contrastes peuvent être très marqués.

On évite en général de sous-exposer les film couleurs, mais certains supporte bien une légère sous exposition… C’est le cas de la Fuji Pro 400H !

Les limites d'exposition de la Pro 400H - Test de terrain

Dans cette vidéo, le photographe expose la même scène de -3EV (3200 ISO) à +5EV (12 ISO) et compare les résultats

Ce que ça implique dans la pratique

Une pellicule comme la Fuji Pro 400H présente une très large latitude d’exposition : en gros, cela veut dire qu’elle peut être fortement sous ou sur exposé sans que le rendu final des images ne change trop.

Sur le terrain, cela en fait donc une pellicule très pratique, et versatile, car en plus de pouvoir jouer sur la vitesse et l’ouverture pour ton exposition, tu peux également jouer légérement sur les ISO

CAS CONCRET :

En photo d’intérieur, à 400 ISO, ton appareil indique une vitesse trop faible pour que tu puisses prendre la photo sans flou de mouvement, même à pleine ouverture, par exemple, 400 ISO – f /1.8 – 1/15e

  • Tu sais que tu peux sous exposer ta pellicule d’un diaphragme et demi : Sois tu changes les ISO sur ton appareil entre 800 et 1600 ISO, l’appareil ajustera alors vers une vitesse plus élevée, ce qui t’évitera un flou de bougé
  • Sois tu ajuste ta vitesse d’un diaphragme et demi, soit environ 1/50e, ce qui est déjà plus confortable pour déclencher sans flou !

L’inverse est aussi vrai en plein soleil : Un film négatif peut encaisser 3 à 5 diaphragme de surexposition !

Ici, tu peux observer l’évolution de la  courbe de densité du film par rapport à l’exposition exposition. Un négatif dense est plus sombre, et porte moins de détails dans les ombres. 

Ici, la courbe est très progressive et douce, ce qui indique une bonne capacité du film à retenir les détails dans les ombres en cas de sous exposition, et dans les hautes lumières en surexposition.

Un film avec une moins grande latitude aura une courbe plus abrupte.

 

Les effets esthétiques

Cependant, il y a une raison pour laquelle les fabricants indique une sensibilité unique sur la pellicule, et non une latitude. Exposer la pellicule différemment à un impact sur le rendu final de l’image, notamment le contraste, la saturation, et le rendu des détails.

Un film couleur sous-exposé présentera

  • Des noirs plus brouillés, avec moins de détail
  • Un grain plus marqué, surtout dans les ombres
  • L’image aura tendance à être plus plate, moins contrastée
  • Une forte surexposition (-2 et -3) peut entrainer des teintes de couleurs dans les ombres, surtout avec les film couleurs « grand public »

Un film couleur surexposé :

  • Un gain de détail dans les ombres
  • L’équilibre des couleurs, et les teintes peuvent changer drastiquement
  • Le rendu des images est souvent plus pastel

Ces indications ne sont pas science exacte : On sort là des recommandations des fabricants, et les résultats peuvent différer selon la scène photographié, l’appareil, l’objectif…

Tu peux donc aussi jouer sur la latitude d’exposition pour des raison esthétique : C’est souvent le cas en photographie de mariage, où l’on va surexposer la pellicule pour avoir un rendu plus doux et plus pastel, avec un grand détails dans les ombres pour une image plus claire.

Pour aller plus loin...

Jouer sur la latitude d’exposition d’une pellicule est différent de pousser ou retenir un film. En effet, pousser ou retenir un film implique de sur ou sous exposer ce film, et de compenser la différence chimiquement au développement,  en réduisant ou augmentant le temps de révélation. C’est une pratique courante en photographie noir et blanc. Elle l’est moins en couleur, même si tout a fait réalisable sur les même principes.
L’exercice que je te propose ici n’implique aucun action au développement : On profite juste des capacité natives du film. La sous-exposition est ici rattrapée par le tirage ou le scan du négatif. Le scanner va adapter sa luminosité à la densité du film pour produire une exposition correcte à la numérisation. Avec un film de grande latitude, tous les détails de l’image seront retenus et présent correctement dans le négatif.

De la même manière, tous les film couleurs ne présentent pas la même latitudes : je te déconseille ces pratiques avec du film grand public, qui ont une latitude beaucoup plus réduite, surtout en sous-exposition.

En Bref

La latitude d’exposition exprime la capacité d’un film à être sur ou sous exposé, avec une incidence mineure sur l’image

Les films haut-de-gamme ont une meilleure latitude que les films grand public

On peut jouer sur la latitude de la pellicule pour surmonter une difficulté technique (manque ou surplus de lumière)

Jouer sur la latitude d’exposition d’un film peut aussi entraîner des effets esthétiques