Comment lire la fiche technique d’une pellicule argentique ?

Sur les blog d'argentique, on parle toujours du rendu du film. Mais qu'est ce que le "rendu" d'une pellicule argentique exactement ? Est-ce vraiment un critère de choix pour tes photos ?
Comment lire la fiche technique d’une pellicule argentique ?
Baptiste EMGK
Photographe argentique et créateur de contenu. L’esprit malade derrière Box Argentique.

Il y a quelque temps, je partageais une opinion controversé sur Twitter, par pure envie de créer le débat dans la communauté des puristes argentique (chacun ses passe-temps)

Et malgré qu’on soit sur Twitter, arène sans pitié s’il en est, on m’a renvoyé une question intéressante :

Si le look argentique aujourd’hui vient surtout du scanner, pourquoi les YouTubers et influenceurs n’arrête pas de parler du “rendu” de telle ou telle film ? Si tout vient du scanner et de la retouche, pourquoi payer 15€ pour de la portra 400, si on peut avoir le même “look” avec de la Kodak Gold ?

Rentrons dans le vif du sujet :

Si les procédés de tirage traditionnels existent toujours, la plupart des photographes qui pratiquent l’argentique aujourd’hui scanne, ou font scanner leur film. Même si tu demande des tirages à ton labo, pour pouvoir imprimer les photos à bas coût en tirage chimique mécanique, ton laboratoire sera obligé de scanner le film. Pour plus de détails sur l’alliance entre argentique et numérique aujourd’hui, je te renvois vers cette vidéo, qui entre beaucoup plus dans les processus moderne de passage du négatif au positif, il est bénéfique de la visionner avant celle ci, je t’attends.

Le problème quand on scanne, c’est qu’on introduit plein de biais : Le scanner utilisé, le logiciel utilisé, et les éventuelles correction qui seront faites par celui ou celle qui opère le scanner. Même en ne faisant aucune retouche, la même image scanné par des scanner ou des logiciel différent aura un look différent, notamment au niveau des couleurs, du contraste, et de la saturation.

Tout ça, c’est à cause de la nécessité d’inverser le négatifs, pour le transformer en positif. En noir et blanc, il s’agira simplement d’inverser la courbe, en transformant le noir en blanc et inversement. Mais en couleurs, c’est un peu plus compliqué :

Tous les film sont-ils les même ?

Un film couleurs est composé de plusieurs couche d’émulsion, chacune sensible à une certaine partie du spectre lumineux :

  • Une couche sensible à la lumière bleu (qui formera une image jaune sur le négatif)
  • Une couche sensible au vert (qui formera une image magenta sur le négatif)
  • Une couche sensible au rouge (qui donnera le cyan sur le négatif)

La combinaison de ces trois couleurs permet de reproduire toute les couleurs visibles. Lorsque tu vas scanner tes pellicules, le logiciel va prendre ces différentes couleurs présente sur le négatif et “calculer” la vraie couleur de ton image lorsqu’il va inverser le négatif.

Les pellicules couleurs sont aussi doté d’une couche anti halo orangé, qu’il faut éliminer avant de pouvoir calculer l’équilibrage des autres couleurs, et qui est différent pour chaque marque de film. S’il est mal éliminé par le logiciel, la photo aura une teinte bleuté.

Selon le scanner, et le logiciel utilisé, ce calcul des couleurs sera plus ou moins précis : Un scanner bas de gamme aura par exemple du mal à “lire” les données sur le négatif, et donnera un fichier moins riche d’information pour le calcul des couleurs. Parce que, au final, le négatif n’est que ça, un support d’information à interpréter via un outil, le scanner ou l’agrandisseur.

De même, beaucoup de photographe aujourd’hui retouche leur numérisation de négatif pour leur donner un certain “look” : adoucir les ombres, rendre les couleurs plus pastel… Tout ça, c’est un travail de retouche et d’interprétation de l’image, et ça n’est pas le négatif. Il n’y a pas de mal à ça, mais c’est le fruit d’un travail sur les images du photographe, pas la conséquence d’un choix d’un film particulier.

Voilà, en quelques mots, ce que j’appelerais le “Look” d’une photo : C’est le travail d’interprétation du photographe sur son image, après que celle ci est été scanné, pour exprimer une ambiance esthétique dans son image.

Ce “look” n’a rien à voir avec le choix du film, mais bien choisir son film peut aider à atteindre plus facilement tel ou tel “look”.

Je l’ai dit au départ, le négatif n’est pas une photo, c’est un support de donnée pour enregistrer des données de lumière et de couleurs. Et tous les film n’enregistre pas les informations de la même manière ! C’est ce que j’appellerai le “rendu” du film. Et bien choisir le rendu de son film selon le look qu’on veut créer c’est important.

Posons la question autrement : Pourquoi y’a-t-il plusieurs gammes de film ? Pour donner aux photographe différente manière d’enregistrer la lumière et les couleurs.

Tout comme pourquoi il existe différente forme de micro, pour donner aux ingénieurs du son différente manière de capture des données sonores : Selon qu’on enregistre une guitare électrique ou acoustique, du jazz ou du métal, on ne choisira pas le même matériel, parce qu’on a une idée du son que l’on veut obtenir à la fin.

Et tout comme il existe des données techniques sur les micro, il existe des données techniques sur le rendu des films. Ces données t’indiquent comment le film répond à la lumière, et comment il enregistre les couleurs : Un film qui sera plus sensible à la couleur rouge par exemple, donnera des rouges vibrant, parce que le négatif deviendra plus dense là ou il y a du rouge. Un film moins sensible au rouge donnera des rouge plus neutre, car le négatif sera moins dense, plus transparent là ou il y a du rouge (en très, très gros)

Pour aller plus loin, disséquons une fiche technique

Courbes caractéristiques

Plus un négatif est exposé, plus il s’assombrit. Les courbes densité/exposition montrent simplement à quel point le film devient sombre en réponse à une exposition plus importante. Ces lignes ne coïncident pas sur les négatifs couleurs, pour différentes raisons : les colorants peuvent ne pas avoir le même taux de réponse, les colorants se superposent et donc il y a atténuation de la lumière de l’un à l’autre, il peut y avoir des filtres de couleur entre les calques qui absorbent certains de la lumière et enfin la base du film peut également avoir une certaine couleur.

Sur les films diapositives avec une base de film parfaitement transparente, ceux-ci coïncident raisonnablement, cependant… Une densité nulle signifie que le film est complètement transparent.

Tu peux voir ici que la base du film de Portra 160 n’est pas transparente, même lorsqu’elle n’est pas exposée. La base du film devrait en fait avoir l’air très rouge (c’est le cas), car lorsqu’elle n’est pas exposée, elle transmet beaucoup plus de lumière rouge que bleue et verte, et elle absorbe beaucoup plus de lumière bleue et verte que rouge.

Un autre point que l’on voit clairement dans ce tableau est que, même lorsqu’il est trop exposé, la densité maximale de ce film (DMAX) ne dépassera pas 3. Cela signifie que presque tous les scanners de négatifs grand public peuvent numériser ce film sans problème. Les scanners DMAX supérieurs ne sont utiles qu’avec des diapositives très denses ou des négatifs N&B. D’après mon expérience, un objet avec une densité de 4 semble presque opaque, sauf sous une forte lumière.

Courbes de sensibilité spectrale

La couche photosensible du film est composée de trois colorants qui répondent à trois spectres lumineux différents. Ces courbes montrent la sensibilité spectrale de chacun de ces colorants sur le spectre de la lumière visible (390-700 nm). Idéalement, ce graphique devrait également avoir une courbe de sensibilité globale, mais cette courbe n’est pas fournie ici, nous ne pouvons donc pas déduire clairement la réactivité de l’ensemble de l’émulsion de couleur à différentes fréquences. N’oublie pas que vous devez regarder ce tableau en gardant à l’esprit les couleurs négatives. Par exemple. Le colorant cyan répond en fait au rouge (formation de cyan = sensible au rouge). Tu peux voir que le film peut avoir une faiblesse potentielle dans les fréquences se situant entre les spectres de sensibilité des trois colorants.

Courbes spectrales de densité de colorant

Ce graphique est en quelque sorte le résumé de toutes les courbes des deux graphiques ci-dessus, et il montre à quel point le film devient opaque sur tout le spectre visible en réponse à l’exposition à un sujet gris neutre. La clé ici, c’est la variation par rapport à la ligne de base (densité minimale). Une variation plus élevée signifie une saturation plus élevée et une variation plus faible signifie des couleurs atténuées. Ce que je comprends du tableau ci-dessus, c’est que Portra 160 rend des “violets et des bleus intenses” limités, des “bleus, des bleus-verts et des verts intenses” riches, des verts jaunâtres très atténués et des jaunes purs atténués, des oranges assez normaux et des rouges brillants, bien que un peu atténué dans les rouges inférieurs (700 nm est faible et 400 nm est élevé). En comparaison, un Fuji bon marché restitue des couleurs primaires très saturées et un Kodak bon marché restitue des couleurs tamisées sur toute la gamme.

MTF

Il s’agit d’une mesure de distinction optique (acuité) et peut être mesurée pour différentes parties d’un système optique, y compris le film et la lentille. Ce que vous voyez sur le graphique MTF ci-dessus, c’est que le film a un rendu parfait jusqu’à 20 lignes par millimètre, là où les courbes MTF commencent à chuter. Cela signifie que si nous filmons un sujet avec des lignes sombres et claires horizontales adjacentes à une distance où 20 de ces lignes sont enregistrées dans seulement un millimètre (fréquence spatiale) du film, l’émulsion photosensible est capable de rendre ces lignes parfaitement séparées, sans aucun saignement croisé sur les bords entre les lignes sombres et claires. À toute fréquence spatiale supérieure à celle-ci, la lumière passera des lignes les plus claires aux lignes les plus sombres à travers les bords, et nous n’aurons pas une séparation complète. Comme vous pouvez le voir, le canal le moins précis sur ce film spécifique est le rouge, et il n’atteint qu’environ 15 % de séparation à 80 lignes par millimètre : lorsque vous filmez avec ce film, vous ne verrez les détails fins que s’ils émettent du bleu ou du vert. couleurs.

Comparons maintenant plusieurs fiches techniques, pour voir si l’on arrive à définir le rendu d’un film par rapport à un autre

Kodak Ektar 100

Kodak Portra 400

  • A première vue, les courbes semble assez similaire.
    • La courbe de densité par rapport à l’exposition est sensiblement la même, même si elle est un peu plus linéaire sur la Portra 400 : Cela indique que les deux films répondent plus ou moins de la même manière à la lumière selon leur exposition, et gagne la même densité en rapport avec la quantité de lumière qu’ils reçoivent.
    • La courbe de densité spectrale indique cependant quelques différences : On remarque que les colorant de la Portra sont tous à peut près sensible de la même manière aux différente couleurs du spectre, avec les creux normaux des films couleurs : On a une bonne sensibilité au bleu, au vert et au rouge.
    • La Ektar présente des courbes différente : la courbe montrant la sensibilité au vert est nettement moins importante celle du bleu et du rouge ! Indiquant que la pellicule est plus sensible à ces deux couleurs. Ce qui signifie que photographier quelque chose de bleu ou de rouge avec de la Ektar donnera une densité plus élevé sur le négatif.
    • On retrouve cette variation sur la courbe de densité spectral des colorants, avec une courbe bien plus haute dans les bleu pour la Ektar, indiquant une plus grande saturation, l’écart entre les deux courbes est aussi un plus grand, indiquant un plus grande saturation des couleurs.
    • Les courbes suivent cependant la même forme, qu’on pourrait appeler ‘”rendu kodak” Mais il est intéressant de comparer avec un émulsion de chez Fuji, par exemple, la Xtra 400
  • Sur cette courbe, on remarque que le bon dans les vert (entre 500 et 560) est beaucoup plus important sur l’émulsion de fujifilm qui sont d’ailleurs connu pour leur rendu particulier du vert, alors qu’elle reste plate sur les emulsion de kodak…De même, si on compare la Portra 400, et son ancienne concurrente, la Pro 400H, On remarque une vrai différence de sensibilité dans les bleus profond, et un petit rebond dans les vert chez Fuji qui n’est pas présent chez Kodak, même si le reste de la courbe suit globalement la même tendance (malgré tout, le but de chaque film est de rendre des couleurs fidèles, ce qui explique qu’on est pas des différence de dingue d’un film à l’autre. Il serait intéressant d’avoir les fiche techniques de film particuliers, comme les Lomochrome de Lomography, mais je ne pense pas qu’elles soient disponible en ligne, malheureusement)

Et tout ça pour quoi ?

Maintenant, tu sais ce qui fait le “rendu” d’un film. Il existe bien des différence physique entre chaque film, dans la manière dont il enregistre la lumière.

C’est vrai pour les film couleurs, mais également pour les film noir et blanc, avec d’autre subtilité, comme la forme du grain et autres joyeuserie techniques, on en fera peut-être un autre video, mais si tu es anglophile, tu peux aller voir ces deux vidéo de Linda d’Adox qui explique très bien la situation pour les film noir et blanc.

Pourquoi prendre ces données techniques en considération ? C’est un choix, et ce n’est peut-être pas si important pour la grande majorité des photographe, surtout à l’époque où il est très facile de retravailler précisément chaque couleur de ton image numérique, si tu scannes tes négatifs, comme je te l’explique dans ma formation complète sur le scan (lien dans la description !)

Cependant, choisir un point de départ qui est cohérent avec ce que tu photographie te fera toujours gagner du temps. Ou si tu travailles en 100% argentique avec du tirage couleur à l’agrandisseur, et que tu as moins d’ajustement possible, ces données peuvent être utiles.

Dans tous les cas, dire que tous les films se valent, c’est faux : le film, c’est une technologie de pointe au moins aussi complexe qu’un capteur numérique, si ce n’est plus. au delà de l’enregistrement des couleurs, la taille de grain, la couleur de la base, la matière de la base du film, tout cela à un impact la qualité du film et donc, le rendu des images finale.

D’un autre côté, dire que le choix d’un film est le facteur capital pour la réussite d’une photo est tout aussi faux : Ce n’est qu’une donnée parmi tant d’autre. Tu pourras faire de très beau portrait à la Ektar et de magnifique paysage à la Portra, même si techniquement, les données te diront qu’il aurait mieux valu faire l’inverse !

Voilà, ça fait peut-être un longue vidéo pour répondre à un Tweet, et j’avoue ne pas trop savoir quoi en conclure. Oui, chaque film à son “rendu”, et dire le contraire est faux. Cependant, défendre à corps et à cri le rendu d’un film par rapport à un autre, pas sur que ça ne soit pas un peu perdre sa salive.

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